17 mai 1942: De Gaulle répond à Pierre Cot

16 mai 2012

C’est dans une démarche positive au service de la France que le général de Gaulle adresse à l’ancien ministre de l’Air sous la IIIe République, un message dans sa résidence du Maryland aux Etats-Unis où il est réfugié. Il sait que l’ancien membre du gouvernement a été mis en cause à propos de la faiblesse de l’aviation en 1940 mais il s’interdit d’entrer dans une polémique stérile.
“J’ai pris connaissance de la lettre que vous avez adressée au membre du Comité national. Pour couper court à toutes polémiques, je tiens à vous dire qu’à mon avis, votre activité est celle d’un bon français qui se consacre à la lutte contre la nazisme et le fascisme ennemis de la France. Quant à votre rôle comme ministre de l’Air, je répète qu’il n’est pas possible d’en juger actuellement avec l’objectivité et l’impartialité nécessaires, et tout ce qu’on peut en dire ne repose sur rien sinon sur des passions politiques dont j’estime qu’elles sont nuisibles et périmées.
Vous pouvez faire de cette lettre l’usage public ou privé qui vous paraîtra utile. Si vous venez à Londres, je vous y verrais bien volontiers et, en attendant, je vous demande de croire à mes sentiments les plus distingués”.

16 mai 1942: de Gaulle s’adresse à l’Amérique

15 mai 2012

Dans une allocution largement exprimée en Anglais le 16 mai 1942, le général de Gaulle s’adresse à la Nation américaine. Il inscrit son propos dans l’histoire qui lie la France et les Etats-Unis et dans la guerre que les deux pays connaissent désormais.
Aux Américains il dit: “Sachez que des millions et des millions de Français se félicitent de vous voir heureux et fiers de former une grande nation!”. Pour le chef de la France libre, ce qui fait une grande nation n’est pas seulement une somme énorme de ressources, c’est le courage d’engager toute sa puissance et d’accepter tous les sacrifices pour le service d’un idéal humain.
“Je crois bien qu’aucun peuple ne comprend cela mieux que le peuple français qui, si souvent, a tout risqué pour défendre la liberté du monde et qui le fit, une fois de plus le 2 septembre 1939 comme avant-garde des démocraties”. Reprenant des accents de son appel du 18 juin 1940 de Gaulle dit: ” Il est vrai que, dans cette position d’avant-garde, le peuple français a fléchi sous la ruée des forces mécaniques ennemies. Mais il n’a succombé qu’en partie et provisoirement. Il n’ a succombé qu’en partie, car deux ans après le désastre, il reste toujours une force combattante aux côtés des Nations Unies. Il n’a succombé que provisoirement car aujourd’hui, plus que jamais, le peuple français enchaîné, se tourne vers les peuples libres, dans l’espérance de retrouver son rang, ses armes et la douceur de la victoire”.
De Gaulle dénonce ensuite l’Allemagne nazie et Hitler qualifié de génie diabolique. Il accuse des chefs français de fouler au pied l’honneur et de renier l’idéal séculaire de la France. Il s’insurge aussi contre l’infâme collaboration.
Le chef de la France libre tient à délivrer un message d’optimisme: “Les Nations Unies ont les moyens de faire échouer ce plan de Hitler et la France profonde, la vraie France espère de toute son âme qu’elles sauront les employer. La France espère en vous, Etats-Unis d’Amérique avec qui elle fut toujours liée par tant d’estime, par tant d’amitié et dont elle se sent si proche par l’idéal”.
Aussi formule-t-il le voeu que la France puisse bénéficier de l’appui matériel des USA pour combattre l’ennemi et les traîtres. Et de conclure: “La France pourra ainsi reprendre sa place au combat, recouvrer sa souveraineté nationale, avoir sa part à la victoire, s’associer sans réserve avec les autres démocraties au triomphe de ce que le président Roosevelt a si noblement appelé: les grandes valeurs humaines”.

Nivelle au café historique

13 mai 2012

Rémy Porte, spécialiste de la Première Guerre mondiale a convié Denis Rolland auteur d’un ouvrage récent intitulé: “Nivelle l’inconnu du Chemin des Dames” pour une rencontre du Café historique consacrée au haut commandement français pendant la Grande Guerre. Ce rendez-vous est fixé le mardi 22 mai de 19 à 21 heures au café de la Concorde, 239, boulevard Saint-Germain à Paris ( métro Assemblée nationale). Si des Picards et des Champardennais sont Parisiens ce soir-là, ce peut être un temps d’histoire et de débat intéressant.

Robert de la Rochefoucauld n’est plus

12 mai 2012

Agent du Secret opération executive (SOE), les services secrets britanniques pendant la Seconde Guerre mondiale, Robert de la Rochefoucauld, 88 ans est décédé. S’il n’est âgé que de seize ans lorsque le conflit éclate, l’adolescent s’insurge que son pays accepte l’armistice et la soumission devant l’occupant. Il veut rejoindre le général de Gaulle et ce n’est pas sans mal qu’il y parvient.
Pour réussir à gagner la Grande-Bretagne, il franchit la frontière espagnole mais est interpellé et il connaît les prisons franquiste. Une fois au Royaume-Uni, il intègre la formation commando du SOE et satisfait à toutes les exigences pour être validé comme agent de ce service.
Il est d’abord parachuté dans le Morvan. Il prépare plusieurs actions de sabotage dont la destruction d’une centrale électrique proche d’Avallon dans l’Yonne. Arrêté, il est condamné à mort mais réussi à s’évader avant l’exécution de la sentence. Il rejoint Paris puis est exfiltré vers Londres au cours d’un rendez-vous avec un sous-marin.
Au printemps 1944, il se voit confier de nouvelles missions en Aquitaine. Il s’offre le luxe de détruire à l’explosif une poudrerie au service des Allemands. A nouveau capturé, il est incarcéré au fort du Hâ à Bordeaux. Commando dans l’âme, il réussit une seconde évasion en étranglant un garde puis en éliminant deux soldats du poste de garde. Il termine la guerre au service du réseau Charly avant d’être choisi pour former des commandos destinés à l’Indochine.
Lors du procès pour complicité de crimes contre l’humanité de Maurice Papon ancien secrétaire général de la préfecture de Gironde pendant la Seconde Guerre mondiale, Robert de la Rochefoucauld avait soutenu que l’ancien préfet avait été un relais de la Résistance à Bordeaux au printemps 1944. C’est d’ailleurs en utilisant l’identité de l’ancien officier du SOE que Maurice Papon s’était réfugié en Suisse avant d’être appréhendé et reconduit en France.
Robert de la Rochefoucauld était chevalier de la Légion d’honneur, titulaire de la croix de guerre 1939-1945, de la Médaille de la Résistance et de plusieurs autres décorations.

Reims: le colonel Louis Carrière est mort

11 mai 2012

Combattant volontaire de la Résistance, membre du réseau Gallia, déporté notamment à Mauthausen et Flossenbourg, il était une figure de l’armée de l’air. Le colonel Louis Carrière, 91 ans, était un authentique résistant et avait connu l’enfer de la déportation dans les camps nazis.
L’appel du 18-Juin du général de Gaulle était pour lui un hymne à la grandeur et à l’honneur et il le portait sur son cœur pour l’éternité. Pour rien au monde il n’aurait voulu manquer ce temps mémoriel qu’il illustrait toujours par le lien intergénérationnel, en demandant à de jeunes lauréats du Concours national scolaire de la Résistance et de la Déportation de lire devant le monument aux morts ce texte fondateur d’une nouvelle espérance. Le colonel Louis Carrière, Rémois d’adoption, est décédé jeudi soir. Sa famille, ses amis, l’armée de l’air, les anciens combattants sont dans la peine.
Il était une figure, un exemple, un homme pour qui, l’amitié fidèle, n’était pas une posture mais un état d’esprit. Le jeune garçon de Suizy-le-Franc, élève appliqué et remarqué au collège de Sézanne avant d’entrer en septembre 1938 dans les Écoles de l’armée de l’air, n’imaginait pas encore l’admirable parcours de patriote qu’il allait vivre par conviction au service de la France.
Au printemps 1940, fort de son brevet de radio navigation aérienne, il est affecté au groupe de bombardement 1/15 et se familiarise avec le quadrimoteur Farman de Reims à Saint-Yan. Il participe à trois missions de guerre au-dessus de l’Allemagne avant de rejoindre à la mi-juin l’Afrique du Nord. Après l’opération Torch du 8 novembre 1942 et le débarquement anglo-américain sur les côtes d’Algérie et du Maroc, il est rapatrié à Istres et placé en congé d’armistice. L’inactivité et la soumission à l’occupant sont pour lui inenvisageables. Il rejoint alors l’un de ses camarades pilotes et intègre le réseau de renseignements Gallia dans le sud-ouest. Ses aptitudes et son sang-froid font qu’il devient un agent particulièrement apprécié et repéré par la densité et la pertinence de son travail par le Bureau central de renseignement et d’action (BCRA) de Londres.
Il est désigné en juillet 1943 pour diriger Gallia à Limoges. C’est au cours d’une liaison qu’il effectue à Toulouse qu’il est appréhendé le 10 octobre 1943 par les nervis de la gestapo au PC du réseau. Commence alors un parcours heurté avec des interrogatoires d’une rare violence à la prison toulousaine Saint-Michel puis dans les geôles du fort du Hâ à Bordeaux. Comme il ne dit mot, il est transféré et placé à l’isolement pendant trois semaines dans le quartier des otages à Fresnes.
Louis Carrière se demande alors s’il va être fusillé mais, il est emmené au camp de Compiègne antichambre de l’univers concentrationnaire nazi. Après un voyage pénible par le train, il arrive au camp de Mauthausen où il est placé dans le bâtiment de quarantaine avant d’être affecté au commando de Gusen dans une usine de pièces destinées à l’aéronautique de guerre. Comme ses camarades d’infortune, il vit le quotidien de cet enfer, subit, la malnutrition, la déshumanisation, les humiliations des kapos et des SS. Quelques mois plus tard, il est déplacé au camp de Flossenbourg et mis d’office au commando de Leitmeritz à la frontière tchécoslovaque dans une firme de radios.
Ce n’est que le 26 mai 1945, très affaibli qu’il retrouve la terre de France. Libéré par l’Armée rouge, soutenu par des Tchèques avant son rapatriement en autobus via Francfort puis en train jusqu’à Paris. Après avoir retrouvé sa famille marnaise et six mois de convalescence, il retourne dans l’armée de l’air, fait un séjour en Indochine de juillet 1949 à décembre 1950. Il termine sa carrière militaire en avril 1970 avec plus de 5000 heures de vol, comme sous-chef d’état-major au commandement des Écoles avant de devenir directeur des ressources humaines d’un grand groupe pharmaceutique.
Très investi dans le monde ancien combattant, Français libres et anciens déportés, il avait eu la joie d’accueillir à Reims l’amiral Philippe de Gaulle lors du passage en gare de Reims du Train de la France libre.
Le colonel Louis Carrière était commandeur de la Légion d’honneur, commandeur de l’ordre national du Mérite, médaillé de la Résistance, titulaire de la croix de guerre 39-45 avec palme, de la croix des TOE avec palme et titulaires de nombreuses autres décorations. À son épouse et à tous les siens, « L’Union » dont il était un ami, adresse ses sincères condoléances.

11 mai 1942: quarante minutes de Churchill

10 mai 2012

Jacques Duchesne, au 687e jour de la lutte du peuple français pour sa libération revient sur le discours que le Premier ministre britannique a prononcé la veille pendant quarante minutes sur les ondes de la BBC.

Winston Chruchill fait le point sur la situation. Le ton est ferme. L’envie de résister et d’agir est intacte. “Qui peut maintenant douter que si nous savons nous en montrer dignes et nous nous en montrerons dignes, qui peut douter que nous ne tenions notre avenir dans nos mains? Dans cette guerre-ci comme dans la dernière à travers bien des revers, bien des défaites, nous nous avançons vers une victoire finale qui sera complète. Nous n’avons qu’à tenir et qu’à préserver pour conquérir”.

Le Premier ministre redit que les forces britanniques augmentent et disposent d’un matériel de plus en plus performant. Il affiche sa détermination à vaincre le “tyran continental” (Hitler). Il l’estime vulnérable cumulant les fautes sur l’évaluation des risques à ouvrir un front en Russie à persister à lutter en Afrique du Nord.

Churchill met et garde le Führer: “Le gouvernement soviétique nous a fait valoir qu’à son avis les Allemands dans leur assaut désespéré pourraient en venir à faire usage de gaz asphyxiants contre les armées et le peuple de Russie. Nous sommes pour notre part déterminés à ne jamais faire usage de cette arme odieuse, à moins que les Allemands ne s’en servent les premiers. Mais connaissant nos Teutons, nous n’avons pas négligé de nous préparer dans ce domaine sur une échelle formidable. Je tiens à déclarer clairement que nous traiterons l’emploi non provoqués de gaz asphyxiants contre nos Alliés exactement comme s’ils nous atteignaient nous-mêmes”.

Le Premier ministre anglais évoque aussi la question de Madagascar: ” Nous détenons ce territoire au nom de la France héroïque que nous avons connue, à côté de laquelle nous avons combattu et dont la restauration à la place qui lui revient parmi les grandes puissances du monde est indispensable pour l’avenir de l’Europe”. Il s’agit par cette approche de rassurer les Français. Il ne peut pas y avoir d’arrangements avec le gouvernement de Vichy. Parce que la vraie France se dressera un jour contre les nazis: ” avec une fureur indescriptible” conclut Churchill.

11 mai 1942: les exemptés des privations

10 mai 2012

Les restrictions qui sont imposées à la population contrainte de faire la queue et de présenter des tickets de rationnement pour obtenir un peu de nourriture est une triste réalité de la vie sous l’occupation rappelée le 11 mai 1942 par un speaker de la BBC.

Pourtant il y a des exceptions pour peu que l’on se recommande d’un haut fonctionnaire ou d’un ministère. C’est ainsi que l’intervenant qui est tout juste de retour de missions dans l’Hexagone cite plusieurs exemples significatifs. De passage à Vichy il rencontre un ami et parlent de Roanne une ville qu’ils connaissent tous les deux. Il évoque un bourg proche nommé Le Coteau et un restaurant où l’un peut se rendre recommandé par l’autre. 

C’est un authentique sésame pour ne pas avoir le ventre creux. On l’introduit dans un salon privé et on lui propose un repas copieux composé d’une truite en hors-d’oeuvre, d’une part de poulet, d’un morceau de fromage et d’une omelette au rhum, le tout arrosé de vins capiteux. Dans le même salon le ministre Barthelémy mange la même chose avec ses invités.

Le même observateur relate la visite de Darlan aux écoles de Saint-Cyr et de Saint-Maixent. A cette occasion un banquet est organisé à l’hôtel Riviera. “Dans la salle du restaurant, une grande table avait été dressée. Dans le reste de la salle, les clients ordinaires dont moi-même se serraient et faisaient bien maigre chère, comme d’habitude: le repas se composait d’un hors-d’oeuvre de betteraves bouillies sans assaisonnement, de deux plats de légumes bouillis et d’un dessert composé d’une figue sèche!”.

Pendant que le speaker d’aujourd’hui et client d’hier se restaure, l’Amiral et les personnalités qui l’accompagnent ne sont pas  soumis au même régime. Il y a sur la table du jambonneau, du loup sur fenouil, des Chateaubriand aux pommes, du poulet rôti, des fromages variés et des gâteaux à la crême. “Quels regards de convoitise je ne pouvaix m’empêcher de jeter sur toutes ces victuailles” admet le témoin.

Avant de conclure: “Ainsi pendant que nous subissons de dures privations, ces messieurs de Vichy ignorent les restrictions. Pendant qu’ils nous prêchent la résignation, eux-mêmes ne se privent de rien. Pendant qu’ils condamnent le marché noir comme immoral, ils sont les premiers à en profiter”.

Solidarité: une exposition aux Invalides

9 mai 2012

Du jeudi 10 au dimanche 13 mai, une exposition est organisée dans les salons du Gouverneur militaire de Paris à l’Hôtel national des Invalides sur le thème: “Ils se sont engagés, nous nous engageons”. Une vingtaine d’artistes civils et militaires exposent leurs oeuvres au profit des blessés en opérations et des familles de soldats morts au combat.

Les bénéfices de ces trois journées seront reversés à la Cellule d’aide aux blessés de l’armée de terre qui a pour mission de prendre en compte les blessés et de leur assurer suivi médical et réinsertion professionnelle. La Cellule accompagne aussi les familles en deuil comme elle vient en aide à celles qui doivent vivre au quotidien avec un grand blessé.

Cette initiative a été soutenue par le général de corps d’armée Bruno Dary, gouverneur militaire de Paris et l’Association des réservistes citoyens.

Entrée: salons du gouverneur, Hôtel national des Invalides, 129, rue de Grenelle à Paris. Jeudi 10 de 11 à 18 heures, vendredi 11 et samedi 12 de 11 à 21 heures, dimanche 13, de 11 à 18 heures.

9 mai 1942: Manoeuvres américaines en Calédonie

8 mai 2012

Alors que le 8 mai 1942, le général de Gaulle a nommé Auguste Montchamp, gouverneur de Nouvelle-Calédonie par télégramme adressé au gouverneur général Félix Eboué à Brazzaville, le 9, le général adresse cette fois un deuxième télégramme au contre-amiral Cabanier, chef d’état-major du haut-commissaire du Pacifique à Nouméa. Il lui demande de maintenir des relations saines et apaisées avec les Américains qui, sur place renforcent leurs effectifs et leurs moyens opérationnels et sont plus que jamais tentés par une ingérence politique déraisonnable.

Le chef de la France libre félicite d’abord l’amiral et ses officiers pour leur attachement: ” au devoir et leur fidélité à la France”. Il donne plusieurs directives. D’abord de Gaulle confirme qu’il a reçu la visite de l’amiral Stark, commandant en chef de la flotte américaine dans la zone d’opérations où se trouve la Nouvelle-Calédonie. Il confie alors que selon la thèse alliée, Sautot et quatre personnalités ont été arrêtées ce qui a provoqué une succession de désordres.

Le Général dit avoir donné son accord à l’amiral américain sur cinq points. Il autorise à ce que le général Patch qui est arrivé dans l’archipel le 9 mars 1942 pour commander les troupes alliées de Nouvelle-Calédonie puisse déclarer l’état de siège sous condition qu’il le fasse en invoquant un péril extérieur et en spécifiant que cette décision est prise avec son accord. Il accepte que le général US prenne toutes les mesures utiles pour garantir la sécurité personnelle de l’amiral qui doit garder son entière liberté de communication. Il dit avoir obtenu l’accord des Américains qu’ils n’investiront aucun gouvernement civil et que Patch ne portera pas le titre de gouverneur militaire puisqu’il en désigne un. Ensuite une censure absolue doit être maintenue sur les événements qui se sont déroulés au cours des semaines passées. Enfin il accepte l’enquête ouverte par les alliés.

De Gaulle ajoute: ” Je m’attends à ce que l’amiral Ghormley, qui va prendre le commandement de toutes les forces navales à Auckland, soit chargé d’enquêter sur les plaintes que j’ai présentées contre l’attitude dans cette affaire des autorités américaines d’occupation”. Si le chef de la France libre ne veut plus d’incident, il rappelle aussi que la souveraineté exercée par les autorités de la France libre dans l’archipel ne peut pas être contestée mais qu’il est de son devoir de faciliter aux Américains leur positionnement maritime dans la perspective des futurs combats.

Il en profite pour conforter à son poste le haut-commissaire français à Nouméa, Georges Thierry d’Argenlieu. “Ma volonté est que vous restiez à votre poste. Je l’ai dit formellement au gouvernement des Etats-Unis. J’ai en même temps fait connaître à ce gouvernement que Patch avait joué vis-à-vis de vous un vilain jeu. Patch a télégraphié que vous demandiez à quitter la Nouvelle-Calédonie. J’ai répondu que je ne le croyais pas et que je vous donnais l’ordre de rester à votre poste. Défiez vous à l’extrême de toute communication que les Américains vous feraient soi-disant d’accord avec moi. Vous n’avez à tenir compte que de mes télégrammes chiffrés”.

Autour du 8 mai

7 mai 2012

En ce 8 mai 2012 on célèbre dans chaque commune le soixante septième anniversaire de la capitulation des armées nazies qui a mis un terme à la guerre en Europe au cours de deux étapes répétitives à Reims et à Berlin. Il s’agit bien d’une reddition sans condition et surtout pas d’un armistice!

On espère que devant les stèles et les monuments aux morts on observera un temps mémoriel dans la complémentarité des générations autour des anciens combattants et des représentants des autorités civiles et militaires.

Il y a soixante-dix ans, le 8 mai 1942 on ne parlait évidemment pas de l’imminence de la fin de la guerre mais Radio Paris lançait une campagne incisive et mensongère reposant sur des entretiens qui avaient été effectués avec des travailleurs volontaires en Allemagne. L’un d’eux en permission ose confier et son témoignage est largement diffusé: “Les Allemands ont été plus émus et plus furieux que les Français eux-mêmes du bombardement de Paris par l’aviation anglaise”!

Cette déclaration provoque une vive réaction du chroniqueur gaulliste de la BBC Pierre Bourdan: “Songez y donc: pour une fois on bombardait et ce n’était pas eux qui bombardaient. Quant à l’émotion, il me semble que ces vandales ont une excellente occasion de la manifester. Où bien est-ce que les victimes innocentes qui tombent chaque jour sous leurs balles sans avoir commis d’autres crimes que celui d’être françaises cessent d’inspirer un tel sentiment aux Allemands, du fait qu’elles sont massacrées chez eux? Ces victimes-là, qu’on assassine contre toutes les lois de la guerre et contre toutes celles de l’humanité, comment est-ce qu’il se fait qu’on n’invoque pas pour les défendre ce même honneur national dont on se prévaut à Madagascar?

Comment se fait-il qu’à partir du moment où c’est l’Allemagne qui commet un crime, ces victimes cessent du même coup d’inspirer de l’émotion et de la pitié”? Le journaliste dénonce cette hypocrisie et ce cynisme qui sont maniés par les agents de la propagande nazie de Vichy. Les gaullistes préfèrent parler en ce 8 mai de la bataille engagée depuis deux jours dans le Pacifique pour la maîtrise de la mer du côté de la mer de Corail et dont on ne connaît pas encore les résultats mais on parle de pertes significatives chez les Japonais.

Personne ne se doute que trois ans plus tard, on brandira les drapeaux et on chantera la victoire conséquence logique d’un moment beaucoup plus intense en France métropolitaine: celui de la Libération.