Waterlot le soldat fusillé et miraculé de Corfélix

Qui est François Waterlot?  Un réserviste du 327e régiment d’infanterie, ouvrier d’entretien dans une mine du Pas-de-Calais avant guerre qui, le 7 septembre 1914, est fusillé pour l’exemple avec six de ses camarades sur l’ordre du général Boutegourd. Il évite le tir fatal, feint d’être mort, ne reçoit pas le coup de grâce, retrouve son régiment, se bat et meurt en soldat sur le front le 10 juin 1915.

Pendant cette courte période de la Grande Guerre à laquelle il participe avant de tomber au champ d’honneur, il a écrit environ 250 lettres. Professeur émérite d’histoire contemporaine à l’université Charles-de-Gaulle de Lille, Odette Hardy-Hémery, revient sur l’histoire de ce simple soldat en s’appuyant sur ses courriers et les cartons d’archives militaires et judiciaires. Elle signe  des commentaires précis pour bien resituer les faits dans le déroulement des événements.

François Waterlot est le seul soldat de la Première Guerre mondiale à avoir échappé aux balles du peloton d’exécution et à en avoir témoigné avant de tomber sous celles de l’ennemi. On le découvre mesuré pour ne pas affoler sa femme et lui donner l’espoir d’une fin de guerre prochaine et d’un retour à une vie normale. On l’évalue engagé, déterminé à faire son devoir.

Début septembre 1914 alors que la situation est critique, la circulaire Millerand destinée à éviter la débandade de l’armée est claire si bien que le général Joffre adresse son ordre n°11 qui est formel: Les fuyards s’il s’en trouve, seront pourchassés et passés par les armes”. Au moment du drame Waterlot se trouve dans le Sézannais au sud-ouest de la Marne. La 101e brigade à laquelle appartient son régiment le 327e RI cantonne à Barbonne le 5 septembre, puis ses soldats sont déployés près de Lachy avant de rejoindre les Essarts-les-Sézanne. Le 327e se trouve juste derrière le 270e qui est en première ligne.

Comment ces soldats vont-ils être séparés de leur régiment après les confrontations brutales que génèrent un front fragile et mouvant? Les témoignages divergent mais le fait que les soldats tombent sur un général qui semble dans un premier temps les comprendre avant de les envoyer au peloton d’exécution est étrange.  Waterlot explique: ” Nous pensions qu’on nous reconduisait à nos compagnies respectives”. En réalité ils sont enfermés dans une grange pour être mis au secret.

L’auteur a passé aux cribles tous les documents accessibles pour recenser toutes les prises de position, rapports et témoignages relatifs à ces événements tragiques. Malgré l’intervention d’un aumônier, le commandement reste inflexible. Comme s’il fallait faire un exemple et prendre prétexte de soldats perdus pour les qualifier de déserteurs et montrer aux autres combattants ce qu’il en advient.

C’est depuis les Essarts le 7 septembre à 4 h 53 que le général Boutegourd demande l’autorisation de faire fusiller à l’aube sur le front des troupes, les sept soldats mis en cause. Le lieutenan puis t-colonel Verzat, commandant du 327e se désolidarise de son général considérant cette exécution comme abusive. L’exécution a lieu: “Instinctivement, sans penser plus avant, je me laissai tomber puis je restai jusqu’à la fin sans bouger sur place”. Comme l’adjudant demande au capitaine de ne pas donner le coup de grâce après deux tirs parce qu’il n’en peut plus et que l’officier le lui accorde, c’est comme cela qu’on connaît cette histoire. “Après notre exécution, je suis resté environ deux heures sans bouger de place car il fallait que je fasse le mort le plus longtemps possible “écrit encore le soldat miraculé.

On découvre alors qu’il y a un deuxième survivant Gaston Dufour  puis un troisième Palmyre Clément (Il décède le 9 septembre) mais on perd la trace de Dufour qui est porté disparu lors des combats de Corfelix entre le 7 et le 10 septembre, donc sur les lieux de l’exécution ce qui est inexact. La cour de Douai ne percera pas le mystère. Tous ces soldats ont été réhabilités en 1926.

Ce livre est passionnant. Comme l’indique l’auteur: “Jamais le fusillé vivant n’annonce dans ses lettres une velléité de revanche après la guerre. Son moral reste intact son patriotisme aussi. Du 9 au 15 septembre 1914, au lendemain de son exécution manquée de Corfélix, il se bat dans le périmètre de Reims!

Odette Hardy-Hémery, “Fusillé vivant”, Gallimard, 284 p., 22 euros.

Un commentaire pour “Waterlot le soldat fusillé et miraculé de Corfélix”

  1. RITON 68 dit :

    Bonjour. Passionné d’histoire, j’ai acheté ce livre et pense me rendre à moto, très prochainement à une concentre de motards à CORROY, tout proche des lieux où se sont déroulés ces évènements, pour voir de visu les lieux, afin d’essayer de mieux percevoir et ressentir, autant que faire se peut, ce que ces hommes ont hélas vécu de tragique. Historiquement vôtre. Riton 68

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