22 novembre 1942: l’accord Darlan-Clark

Les négociations en cours entre l’amiral François Darlan devenu un dissident de Vichy sans être pour autant un ardent rallié à la France combattante, et l’amiral Clark aboutissent le 22 novembre 1942 à un accord qui renforce l’autorité du haut-commissaire et avalise l’occupation américaine de l’Afrique du Nord.

Darlan joue la carte de Washington parce que l’ancien vice-président du Conseil du maréchal Pétain qui a dû céder sa place à Pierre Laval tient à jouer un rôle politique. Comme depuis l’épisode de Mers el Kébir il en veut aux Britanniques et en particulier à Churchill qui a donné l’ordre en juillet 1940 de tirer contre les bâtiments de la Royale, il pense gagner la confiance de Roosevelt en jouant la carte de l’administration démocrate.

Le même jour et sans qu’il soit encore informé de ce qui vient de se passer à Alger, le général de Gaulle écrit à André Philip qui lui a rendu compte en particulier de son entretien à la Maison Blanche avec le président Roosevelt. Cela conforte le chef de la France combattante dans son analyse de la politique étrangère menée par les Etats-Unis. Il réserve pour l’instant l’invitation qui lui est faite par le président des USA.

On comprend son souci de bien analyser la situation parce que cela peut signifier qu’on lui demande de s’incliner et de céder la place à Darlan ou à un tandem Darlan-Giraud. Deux hypothèses qui ne peuvent être exclues et qui méritent une discution approfondie des membres du Comité national. On sait déjà qu’à titre personnel au moins, le Général exclut de composer avec des ralliés qui n’expriment aucune sympathie avec les Français libres et avec les opportunistes dont les positions varient selon l’évolution du conflit.

“J’adopterai après y avoir réfléchi et en avoir discuté avec le Comité national une position que je vous ferai connaître dans les meilleurs délais. Je vous prie de rester à Washington pour le moment” indique de Gaulle à André Philip. Avant de conclure: ” Si je renonce moi-même à faire le voyage, vous voudrez alors nous rejoindre ici. Si je me rends à Washington, vous vous y trouverez en même temps que moi”.

Il est patent que de Gaulle ne tient pas à être piégé et que son souci de bien étudier la démarche américaine est aussi justifiée par sa mise à l’écart de la préparation du débarquement anglo-américain et de l’exécution de l’opération Torch du 8 novembre 1942. Il n’a pas oublié non plus que lorsque les Britanniques ont débarqué à Madagascar, il a été mis devant le fait accompli même s’il est en passe de faire vivre la souveraineté de la France combattante sur la grande île.

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